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[Politique – Fonction publique] Le FN tente les fonctionnaires

12 mai 2015

Les élections passent et se ressemblent : les fonctionnaires, notamment des catégories C, sont des Français comme les autres, de plus en plus sensibles aux thèses de Marine Le Pen. Une adhésion de colère que le FN tente de capitaliser.

C’était le 6 juillet 2014, dans le bureau de Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique. Elle conviait alors Luc Rouban et Joël Gomblin, deux chercheurs en sciences sociales, à discuter de la progression de l’extrême droite chez les fonctionnaires. « Je veux vous écouter, je ne suis spécialiste de rien », leur dit-elle.

Luc Rouban, sociologue, spécialiste de la fonction publique, n’hésite alors pas à parler d’unfront_nationale « explosion du vote FN parmi les fonctionnaires de la catégorie C ». Au premier tour de la présidentielle, en 2012, Marine Le Pen a attiré 36 % « C ». Chez les enseignants, elle tutoie les 5 %, se situe à 6 % chez les cadres. Pas de quoi s’affoler mais la progression est constante. Aux Européennes, d’après Joël Gomblin, l’influence du FN chez les fonctionnaires a pris de l’épaisseur, avec 23 % de votants parmi les agents et les salariés d’entreprise publique.

   © EdStock – istock

Sensible au maintien de l’autorité de l’État

Pour Luc Rouban, le discours du FN entre de plus en plus en résonance avec le ressenti de certains fonctionnaires. « L’enjeu religieux » serait une des premières explications, le FN apparaissant comme le seul défenseur de la laïcité, fondatrice du service public. Le rejet de l’islam ne touche pas seulement les catégories C, certains cadres dévoilent de plus en plus franchement leur ras-le-bol.

Au premier tour de la présidentielle, en 2012, Marine Le Pen a attiré 36 % des catégories « C ».

Autre élément potentiellement séduisant : l’autorité de l’État. « Les fonctionnaires ressentent une perte de crédit de leur métier par rapport à l’idéal type républicain », assurait Luc Rouban dans les colonnes de Libération (7 juillet 2014).

Tentative d’organisation syndicale

Le phénomène s’est-il renforcé lors des dernières élections ? « Pour l’instant, on n’a pas d’enquêtes suffisamment précises pour connaître la situation dans la Territoriale depuis 2012, mais la progression du FN est claire dans toutes les élections intermédiaires chez l’ensemble des fonctionnaires, notamment de rang modeste » nous indique Luc Rouban.

Cette réceptivité de certains fonctionnaires aux thèses du FN pousse la formation de Marine Le Pen à s’organiser autour de cette dynamique. Ainsi, le collectif Racine, officiellement installé le samedi 12 octobre, à grand renfort de communication, vise à fédérer les enseignants autour du programme de Marine Le Pen. L’organisation se définit comme « un groupe d’enseignants amoureux de l’école et déplorant son déclin ». Certains de leurs fondateurs ont été candidats sur une liste FN aux dernières élections municipales, comme Julien Langard (certifié d’histoire-géographie), Michel Sibel (certifié d’EPS), Jean-Bernard Formé (agrégé de physique) ou Valérie Laupies, directrice d’école, qui vise la mairie de Tarascon et conseille Marine Le Pen.

Le nouveau discours de Marine Le Pen

Le contact avec le public semble être aussi une porte d’entrée des idées marinistes. Luc Rouban déclarait à la Gazette des communes (septembre 2014) qu’il n’était pas étonné que ce soit « derrière les guichets des caisses de la Sécurité sociale, à l’hôpital ou dans les services sociaux » que l’on retrouve le plus de fonctionnaires frontistes.

Les syndicats territoriaux ont beau clamer que le FN souhaite la mort de la fonction publique, les idées marinistes se faufilent sans résistance.

Illustration d’un ancien agent territorial devenu depuis… maire FN d’Hayange. Fabien Engelmann, ancien délégué CGT, n’hésite pas à parler d’une « prise de conscience : lorsque votre pays dépense des milliards pour l’immigration, mais que le prolétaire balayant les rues n’a pas le droit aux bons alimentaires du CCAS, il y a un problème quelque part ».

Les syndicats territoriaux ont beau clamer que le FN souhaite la mort de la fonction publique, la CGT allant même jusqu’à décrire Marine Le Pen comme la « faucheuse » des fonctionnaires, les idées marinistes se faufilent sans résistance. « Le discours (Ndlr, du FN) a changé. Il est plus favorable au service public qu’auparavant. Il se double d’un discours poujadiste sur les petits contre les gros. Marine Le Pen a d’ailleurs inclus la fonction publique dans son programme. Elle propose de renforcer la fonction publique hospitalière notamment », assurait Luc Rouban à la Gazette des communes (3 décembre 2014). Le FN cherche donc à être crédible, après avoir, longtemps, dénigré la fonction publique.

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