Skip to content

[Cultures de l’Imaginaire] Le GN s’immiscerait-il dans l’industrie du loisirs ?

12 septembre 2015

On a passé cinq heures sur la planète de Luke Skywalker

A Londres, Secret cinema propose, jusqu’à fin septembre, une expérience immersive dans l’univers des premiers « Star Wars », où les spectateurs, costumés, font partie du spectacle.

Bottes, foulard, flingue : OK. Lieu de rendez-vous : TOP SECRET – quelque part à Londres, dans un lieu protégé de barbelés. Objectif : rejoindre les rangs de la rébellion contre l’Empire galactique. Le message de convocation était clair. « Le côté obscur devient de plus en plus puissant. Nous sommes sous surveillance. (…) Nous devons maintenant quitter la Terre. » En direction d’une galaxie très, très lointaine…

Tatooine sent la merguez

Un vol intergalactique plus tard, nous atterrissons à Tatooine, la planète de Luke Skywalker. Les pieds dans le sable, nous déambulons dans les allées de la ville reconstituée, ses petites maisons rondes de terre et sa vie qui grouille. Ici, un petit jawa énergique se fraie un passage dans la foule, là, une femme drapée de beige nous propose un henné et un peu partout, des marchands haranguent les passants pour leur vendre de quoi se sustenter. Vivre Star Wars en vrai, c’est aussi découvrir que Tatooine sent la merguez.

C’est qu’il faut bien nourrir les troupes : chaque soir, jusqu’à 1 500 personnes plongent pendant cinq heures dans l’univers de La Guerre des étoiles. Plus précisément, des épisodes IV et V de la trilogie originale. Une méga-production lancée cet été qui mobilise près de 200 personnes chaque nuit pour rendre l’expérience réaliste, qu’ils soient comédiens, musiciens ou encore techniciens.

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/09/11/644×0/4752559_6_3700_un-rebelle-tente-de-resister-a-l-oppression_684c6b7ae40ba85223d2bbbf0ebadb4a.jpg

Un rebelle tente de résister à l'oppression des Stormtroopers.

Un rebelle tente de résister à l’oppression des Stormtroopers. MORGANE TUAL

« Excuse me ! » Une voix familière, aimable, surgit à quelques centimètres. C-3PO nous bouscule gentiment pour rejoindre son camarade R2D2, qui s’amuse avec deux voyageuses. Quelques mètres plus loin, Luke Skywalker et Obi-Wan Kenobi embarquent dans leur landspeeder pour traverser la ville. La vie pourrait sembler paisible, à Tatooine. Mais soudain, des cris surgissent : un rebelle vient de se faire arrêter par des Stormtroopers. Un agent de l’Empire menace la foule impuissante : « Restez fidèles ! », hurle-t-il avant d’envoyer le malheureux en prison.

« Les gens ont envie de vivre des aventures »

« Faire Star Wars, c’est une pression énorme », confie Fabien Riggall, le fondateur de Secret Cinema. « C’est un des films les plus aimés, il faut que les gens y croient. Or c’est dur de travailler dans l’espace ! » Il ne manque pourtant pas d’expérience. En sept ans d’existence, Secret Cinema a déjà proposé une quarantaine de spectacles de ce type, à des échelles très variées. Des Blues Brothers à Retour vers le Futur, en passant par Metropolis ou Le Cercle des poètes disparus, Secret Cinema est passé d’un statut relativement confidentiel à celui d’un mastodonte du divertissement, de petits shows artisanaux à des méga-productions dignes d’Hollywood.

Et le public en redemande. « Les gens ont envie de vivre des aventures, de se perdre dans un univers, d’expérimenter de nouvelles choses », soutient Fabien Riggall. Il poursuit :

« Avec la prédominance du numérique, on a l’illusion que tout le monde va être connecté facilement. Mais le public a le désir de vivre quelque chose de vrai, de romantique, de créer du lien avec les autres personnes. »

Et la déconnexion est prise au mot : à l’entrée du spectacle, les portables des participants sont scellés dans une pochette, pour empêcher toute prise d’image. Une façon de préserver la surprise des futurs spectateurs et de rendre l’immersion plus efficace – difficile de se sentir dans Star Wars avec des rebelles prenant un selfie devant Dark Vador. La communication est, elle aussi, très verrouillée : les journalistes ont l’interdiction de révéler certains éléments du spectacle et ne sont autorisés à prendre des images que sur Tatooine, accompagnés en permanence d’un membre de l’équipe.

« J’ai proposé de la weed à Luke Skywalker »

image: http://s1.lemde.fr/image/2015/09/11/644×0/4752560_6_f8a7_r2d2-deambule-entre-les-spectateurs_cc9a483706de975b08d86f29e586087a.jpg

R2D2 déambule entre les spectateurs.

R2D2 déambule entre les spectateurs. MORGANE TUAL

Coup de feu dans la Cantina de Chalmun, un bar très fréquenté de la planète. Han Solo vient de faire la peau à Greedo – plusieurs scènes de Star Wars sont ainsi rejouées sans préavis, parfois de façon spectaculaire. Une rebelle demande discrètement de l’aide à des spectateurs, qui acceptent de la cacher. En remerciement, elle leur offre des graines (« seed » en anglais), qui peuvent servir de monnaie d’échange. A condition de maîtriser son anglais… « J’ai proposé de la weed à Luke Skywalker », s’exclame une spectatrice, « je me suis trompée de mot ! » Les acteurs doivent avoir du répondant : assurer leur rôle en improvisant en permanence en fonction des interactions avec le public. Essayez d’extorquer une bière à Obi-Wan Kenobi en utilisant la Force, il vous répondra que « cela ne fonctionne qu’avec les esprits faibles ».

« Parfois, on ne sait pas qui est comédien, qui est spectateur », explique Fabien Riggall. Comme cette femme qui, au milieu d’une foule, se retourne et nous chuchote des instructions. « L’idée est de créer quelque chose de tellement vrai qu’on ne sait plus qui est qui. » Indice : le spectateur se promène régulièrement une boisson à la main et un sourire béat au visage. « Star Wars, c’est une manière de vivre les rêves de son enfance », de jouer comme les enfants, souligne Fabien Riggall, qui veut permettre aux adultes de retrouver une certaine magie du cinéma :

« Quand on est enfant, on vit le film, tout est plus grand. Pourquoi est-ce que les adultes ne pourraient-ils pas, eux aussi, faire partie de l’histoire ? C’est une façon aussi de retourner aux origines du cinéma. Quand on construisait des cinémas, ils étaient splendides, des cathédrales de culture. Aujourd’hui, ce sont des multiplexes qui servent à faire le plus d’argent possible. Là, chaque soir, 1 500 personnes se préparent, se déguisent… On voit dans Londres des personnages de Star Wars partout, dans les bars, les restaurants ! Le cinéma vit sa vie dans la vie, et c’est ça qui me fait rêver. L’histoire se prolonge. »

DJ Stormtrooper

Et fait parfois quelques écarts avec la fiction. On s’étonne par exemple de voir l’Etoile noire prendre des allures de boîte de nuit, avec des Stormtroopers en guise de DJ. Mais Han, Chewbacca, Luke, Leia, Obi-Wan et Dark Vador remettent le spectacle dans le droit chemin en interprétant des scènes mythiques sous les applaudissements ou huées du public, ambiance Ligue des Champions intergalactique. Jusqu’à la victoire, impressionnante, des rebelles sur l’Etoile noire, célébrée par l’intégralité des spectateurs, qui, sans s’en rendre compte, ont reconstitué une des scènes finales du premier film.

Cette idée de rébellion est chère au créateur de Secret Cinema : « Ce grand événement est là pour faire rêver, mais il y a aussi cette idée de devenir un rebelle. C’est important, dans la vie, qu’il y ait des rebelles qui prennent des risques. Quand tu es membre du public, tu deviens activiste ». Lui aussi s’inscrit dans une démarche militante, avec la volonté de « changer la façon de penser les films, de créer une nouvelle plateforme pour le cinéma, de faire bouger l’art dans une autre direction ». Et pas seulement l’art. Secret Cinema reverse parfois ses bénéfices à des organisations caritatives, a projeté Le Dictateur pour promouvoir la liberté d’expression après l’annulation de la sortie de The Interview et s’apprête à organiser samedi 12 septembre, à Londres et à Calais, des projections en soutien aux migrants.

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/09/11/644×0/4752561_6_0d07_un-jawa_ae79ccf2f5cc7d6519ea21bb70fe7b0e.jpg

Un jawa.

Un jawa. WILLIAM AUDUREAU

En attendant, les spectateurs de ce Star Wars londonien font office de rebelles de pacotille, avec leur sandwich à la main et leur docilité affichée. Tout le monde s’engouffre d’ailleurs sans broncher dans la salle de cinéma pour la projection de l’Empire contre-attaque qui conclut la soirée. « J’ai trouvé le public moins impliqué que les précédents Secret Cinéma », confie Sofria, une spectatrice habituée du concept, qui a néanmoins trouvé l’expérience « incroyable ». « Maintenant que c’est devenu plus mainstream, les gens sont plus désinvoltes », regrette-t-elle.

« J’ai très envie d’amener Secret Cinema en France »

Le succès n’est pas toujours facile à porter : l’attente est chaque année plus forte, et le moindre faux pas est scruté avec attention. En 2014, plusieurs séances de Retour vers le Futur ont ainsi été annulées à la dernière minute car le dispositif n’était pas prêt ; cette année, c’est le prix de la place (75 livres, soit 102 euros) qui a été critiqué, qualifié d’« exorbitant » par le Guardian. « Je ne pense pas qu’on ait perdu notre âme », se défend Fabien Riggall :

« On n’est pas devenu plus commercial, mais on a un plus grand public. Le prix est justifié, tellement l’expérience s’est approfondie. Je comprends quand on critique le travail, mais là ils critiquent l’ambition ! Le fait que quelque chose de petit soit devenu grand. »

Et il ne compte pas s’arrêter là. D’autres projets sont déjà en cours, et Fabien Riggall, dont la mère est française et le père britannique, a « très envie d’amener Secret Cinema en France ».

En attendant, on savoure, après la projection, ses dernières minutes sur Tatooine, une réprimande d’un stormtrooper et un ultime verre à la Cantina avant de quitter, à regret, la planète, sous les yeux amusés d’un membre de l’équipe : « Welcome back to Earth. »

Source : http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/09/11/on-a-teste-pour-vous-passer-cinq-heures-dans-star-wars-grandeur-nature_4752562_4408996.html

Advertisements
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :