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[Art – Culture] Un ancien élève des Beaux-arts de Grenoble se fait passer pour un artiste chinois

9 novembre 2015
© AFP

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« Mon vrai nom est Alexandre Ouairy », dit en souriant le Français de 36 ans, Nantais de naissance, formé aux Beaux-arts à Grenoble et débarqué en 2000 à Shanghai pour « l’aventure », dans une ville alors quasi-dépourvue de galeries d’art. Dans l’une d’elles, il commence à exposer, sous son vrai nom, mais « l’intérêt du public était limité, voire nul », se remémore M. Ouairy, qui ne voit qu’une seule explication: « C’était dû au fait que j’étais étranger ».

Dans le Shanghai des années 2000, les artistes chinois, valeurs montantes, monopolisent les regards. « Les collectionneurs étaient surtout étrangers, et ils voulaient acheter chinois, car pour eux c’était un bon investissement. » Alexandre Ouairy, « frustré », se désole de ne pouvoir « créer un dialogue » avec spectateurs et artistes chinois via ses créations, ignorées.

En 2005, le marché de l’art contemporain chinois décolle et l’ancien étdudiant grenoblois a un déclic: « Je voyais à Shanghai toutes ces contrefaçons Louis Vuitton ou Prada. Et je me suis dit: +s’ils fabriquent des faux sacs, pourquoi ne fabriquerais-je pas un faux artiste chinois ?+ ». Alexandre et le galériste chinois qui l’expose cisèlent alors à quatre mains la biographie imaginaire de l’artiste fictif –mélange de leurs deux vies– et lui attribuent un nom: Tao Hongjing. « C’est inspiré d’un philosophe chinois des 4e et 5e siècle, qui était assez blagueur. C’est comme cette idée de pseudo: pour moi, c’était une blague ».

Et cela fonctionne: « Du jour au lendemain, le succès a été au rendez-vous », explique l’artiste, dont les créations suscitent alors la frénésie du marché et l’intérêt subit des amateurs. « On vendait une ou deux oeuvres par mois, contre une ou deux par exposition avant ». « Pendant cinq ou six ans, personne ne savait que Tao Hongjing, c’était moi », s’amuse M. Ouairy, qui se rend incognito à ses propres vernissages et s’y présente comme le simple « assistant de Tao Hongjing ».

« On était un peu embêté lors des demandes d’interviews de la presse, donc on faisait ça par téléphone. Et mon galeriste chinois répondait à ma place », sourit le Nantais. En dix ans, le prix de ses oeuvres explose: ses sculptures en céramique se monnayent désormais 29.000 euros, bien plus que les 220 euros des sérigraphies de ses débuts.

« Se présenter comme Chinois, cela a compté. Il y a toute une économie, un intérêt financier, qui n’est pas le même. J’ai joué avec ça », admet-il. « La nationalité est évidemment très importante », affirme  Yang Yang, fondatrice à Pékin de Gallery Yang, qui expose artistes chinois et étrangers. « L’art contemporain est lié à un territoire, la prétendue internationalisation de l’art, ça n’existe pas vraiment. »

Les Chinois restent une valeur sûre du marché de l’art contemporain: 17 figurent dans le top 50 mondial –par chiffre d’affaires aux enchères— sur la période juillet 2014-juin 2015, selon un rapport du cabinet Artprice.  L’ancien correspondant du New Yorker à Pékin, Evan Osnos, s’était laissé prendre à son subterfuge, vantant en 2009 les mérites d’une oeuvre en néons reprenant une exhortation de Deng Xiaoping à s’enrichir. Prévenu, M. Osnos reconnaît: « C’est ce qu’on peut appeler une performance artistique, si ce n’est pas de l’art chinois ».

Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/alpes/isere/un-ancien-eleve-des-beaux-arts-de-grenoble-se-fait-passer-pour-un-artiste-chinois-846119.html
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